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[Mars 2008] FR: ESPACES Tourisme & Loisirs, revue mensuelle de réflexion du tourisme et des loisirs

GERES news - Articles written by GERES

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Thomas Mansouri, chargé de communication au GERES

Agir pour le climat et compenser ses émissions de gaz à effet de serre

Pour lutter contre le changement climatique, il est aujourd’hui établi qu’il nous faut réduire nos propres émissions de gaz à effet de serre. Ce principe s’applique à tous les acteurs d’un territoire : collectivités, entreprises, associations, coopératives et particuliers. Limiter ainsi son empreinte climatique peut prendre différentes formes : économies d’énergie, valorisation des déchets, rationalisation des moyens de transport, usage d’énergie d’origine renouvelable… Si elles peuvent aisément être mises en œuvre, de telles actions de réductions ont toutefois leurs limites : lorsque les progrès technologiques et organisationnels ne sont pas suffisants, il peut devenir couteux ou simplement impossible de réduire ses émissions autant qu’on le souhaiterait. De là l’intérêt de recourir, en complément, à la compensation de son impact climatique en finançant une réduction équivalente à ses émissions chez un autre acteur.


La compensation des émissions de gaz à effet de serre s’applique ainsi parce que le dérèglement climatique causé par les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique repose sur un mécanisme global : le rejet d’une tonne de gaz à effet de serre dans l’atmosphère a le même impact sur le changement climatique, quelque soit le lieu de l’émission. Parallèlement, une économie d’une tonne de gaz à effet de serre aura le même impact bénéfique pour le climat quelque soit le lieu où elle est réalisée. Ainsi, lorsque les solutions à mettre en œuvre pour réduire ses propres émissions de gaz à effet de serre sont épuisées, il n’est donc pas illogique de souhaiter financer des économies ailleurs.
Illustrons ce principe : un touriste, qui doit prendre l’avion pour se rendre à une destination lointaine, émettant 3 tonnes équivalent CO2, a la possibilité de financer un projet de développement permettant d’économiser ces 3 tonnes. Le procédé est le même pour limiter l’impact d’un salarié contraint d’utiliser son véhicule pour se rendre au travail, ou encore pour le fonctionnement d’une structure (consommation d’énergie, fournitures, équipement…).

Pour limiter au mieux son impact sur le changement climatique et réduire ses émissions de gaz à effet de serre, il faut en premier lieu  en connaître le niveau et les origines.
L’ADEME a développé à cet effet la méthode bilan Carbone pour les entreprises et les collectivités. Cette expertise réalisée par des experts indépendants, consiste à auditer une structure et son activité pour déterminer les différents postes d’émissions et à proposer des pistes d’actions concrètes pour réduire son impact. Sans être un passage obligatoire (il existe d’autres moyens pour estimer ses émissions), la méthode est éprouvée.
La connaissance de ses différents postes permet donc de mettre en œuvre, de manière ciblée, des actions de réduction et d’intervenir « à la source ». Une fois ces actions réalisées ou programmées, il subsiste pourtant des émissions résiduelles. C’est pour agir à ce niveau que la compensation des émissions de gaz à effet de serre revêt tout son intérêt.

Lancé en 2004, CO2Solidaire est le premier programme de compensation volontaire proposé dans le monde francophone. A l’initiative de l’association GERES (Groupe Energies Renouvelables, Environnement et Solidarités), CO2Solidaire propose un mécanisme permettant de compenser son empreinte climatique en soutenant directement des projets de développement, économes en gaz à effet de serre et mis en œuvre dans les pays du Sud. Essentiellement basés sur l’efficacité énergétique et l’utilisation des énergies renouvelables, l’objectif visé par ces projets est d’améliorer les conditions de vie des populations bénéficiaires et de préserver les ressources locales.

Il existe aujourd’hui de nombreux acteurs impliqués dans le « marché » de la compensation, dont des intermédiaires souvent spécialisés dans le négoce des crédits Carbone, assurant généralement la relation entre des clients désireux de compenser leurs émissions et des porteurs de projets en recherche de financements. Dans ce contexte, CO2solidaire présente la particularité de s’affranchir de ces intermédiaires. Les projets sélectionnés pour intégrer le programme CO2Solidaire sont en effet directement mis en œuvre par le GERES et ses partenaires de terrain. Cette singularité apporte nombre d’intérêts pour qui souhaite s’investir dans une démarche sincère et durable, à commencer par la qualité des projets soutenus.

Changement climatique et développement durable

Les mécanismes de compensation actuels, réglementés (MDP dans le cadre du protocole de Kyoto) ou volontaires, amènent trop souvent à financer des projets dans les pays les moins avancés (PMA) en apportant des solutions techniquement efficaces [face à nos besoins en crédits carbone] à court terme et à moindre coût, mais oubliant généralement de prendre en considération les enjeux socio-économiques locaux. Les efforts de réductions sont à mener prioritairement au Nord et dans les pays intermédiaires, c’est moins vrai dans les PMA… Sauf si les réductions d’émissions ainsi financées soutiennent également le développement local : amélioration des conditions de vie, lutte contre la précarité, création d’activités génératrices de revenus, réponse aux crises environnementales, création ou amélioration des services de base (eau, énergie, santé, scolarisation)… C’est la principale valeur ajoutée que peut apporter le GERES qui, fort de ses 30 ans d’expériences dans la mise en œuvre de projets de développement durable, propose des solutions concrètes, conciliant les aspects environnementaux et socio-économiques, en mettant au centre des préoccupations l’humain et le territoire. Il ne s’agit pas de négliger les conséquences positives de ces projets dans la lutte contre le changement climatique, conséquence induite des thématiques abordées liées aux usages de l’énergie, mais plutôt d’aborder la question sous l’angle d’une véritable « solidarité climatique » qui devrait systématiquement s’appliquer lorsqu’il s’agit d’intervenir dans les pays du sud.

Concrètement, un particulier ou une entreprise, qui participe au programme CO2Solidaire, compense ses émissions de CO2 et son empreinte climatique par une contribution financière réinvestie sous forme de don dans des projets de développement durable, économes en gaz à effet de serre. En échange il reçoit des garanties en termes de transparence :

  • un "reçu pour don aux œuvres d’intérêt général", qui permet d’obtenir une réduction fiscale et précise l’affectation des fonds (à quoi ce don sera utilisé),
  • un "certificat de compensation" qui implique la tenue d’un registre strict, de l’information sur les activités menées par le GERES à travers la lettre CO2Solidaire, à parution trimestrielle, ou sur simple demande.

De son côté, le GERES s’engage à mettre en œuvre des procédures strictes :

  • de suivi, directement inspirées des outils et méthodes des mécanismes de flexibilité institués par le protocole de Kyoto,
  • de vérifications indépendantes, en missionnant des experts qualifiés pour vérifier la réalité des économies de gaz à effet de serre réalisées par ces projets,
  • de tenue d’un registre précis des unités Carbone compensées, afin d’assurer l’unicité des émissions compensées.

Le GERES fait par ailleurs auditer annuellement sa comptabilité analytique par un commissaire aux comptes, garant de l’affectation des ressources et des dépenses de l’association sur l’ensemble de ses activités.

La démarche CO2solidaire

Outre la possibilité offerte aux particuliers de compenser directement son impact climatique, par exemple au cours un voyage, sur le site internet de l’opération, le GERES propose d’accompagner les acteurs économiques, pourvu qu’ils remplissent certaines conditions.
La mise en place d’un partenariat CO2solidaire suppose en effet l’acceptation d’une charte qui garantie certaines valeurs. Les partenaires doivent mettre en avant leur implication dans la lutte contre le changement climatique, le désir de compenser ses émissions n’étant pas un critère suffisant. Les engagements de réduction mis en œuvre ou programmés par le partenaire sont consignés dans une convention de partenariat, fixant ainsi le cadre logique d’un projet global de responsabilité vis-à-vis du climat.
De tels partenariats peuvent prendre différentes formes. Des entreprises peuvent par exemple être incitées à réaliser un diagnostic énergétique du bâti pour ensuite isoler les bâtiments et réaliser des économies de chauffage ou de climatisation, ou encore investir dans les énergies renouvelables, mettre en place un PDE afin de rationaliser les déplacements des employés pour se rendre au travail ou en mission, mettre en place une politique de gestion des déchets, choisir des fournisseurs affichant une démarche environnementale forte (labels FSC, etc.), viser les différents niveau de certification environnementales… et bien entendu sensibiliser ses personnels, clients, fournisseurs…

Les enjeux pour le tourisme

La reconnaissance de l’existence d’une relation réciproque entre le tourisme le changement climatique n’est plus à démontrer et a été confirmée par la Déclaration de Djerba sur le tourisme et le changement climatique (OMT, 2003). Le secteur touristique est doublement concerné : d’une part il y participe en proposant des services qui favorisent les déplacements, et donc des émissions de gaz à effet de serre, d’autre part il en subit directement les conséquences puisque les perturbations du climat global ont pour première conséquence des modifications profondes et parfois durables des territoires. Les conséquences prévisibles sont multiples et l’économie touristique devra nécessairement s’y adapter : modification de certains tracés côtiers y compris insulaires, variation des limites climatiques établies, augmentation de l’ampleur de la fréquence et du risque d’événements climatiques extrêmes… Sans compter les conséquences humaines : migrations, épidémies, conflits armés (ressources en eau, territoires…), etc. Les modèles actuels ne sont pas forcément plus précis, mais suffisamment alarmant pour qu’on y prête attention.

Certains diront qu’il est préférable de ne plus prendre l’avion et de bannir le tourisme international de nos activités de loisir. Il apparaît cependant plus réaliste et constructif de valoriser les bonnes pratiques et les initiatives innovantes en matière de tourisme responsable, et de sensibiliser l’ensemble des acteurs de la filière. Les prestataires de produits et services « responsables » destinés au secteur du tourisme sont de plus en plus nombreux, et, en complément d’efforts concrets pour réduire ou limiter leurs émissions de gaz à effet de serre, CO2Solidaire peut apporter une solution aux acteurs désireux de s’engager dans une démarche de responsabilité globale.

Tous les acteurs sont concernés et les solutions sont multiples : du produit-partage jusqu’aux offres entièrement « compensées », il est possible de compenser tous les types d’émissions, qu’elles soient liées au transport des passagers, aux consommations directes d’énergie (électricité, gaz…), aux déplacements des salariés ou encore à la fabrication des supports de communications. Des collectivités aux clients, en passant par les entreprises et associations intervenant sur ce secteur, chacun a sa part d’implication et peut agir en conséquence.

Les limites de la compensation

Si la compensation apparaît comme une solution idéale, elle peut cependant montrer certaines limites. Il convient donc avant tout de se demander si les réductions financées par la compensation volontaire auront bien lieu, de façon unique, permanente et additionnelle.

  • En l’absence de registres nationaux et internationaux interconnectés, l’unicité des compensations repose principalement sur des critères de transparence et de confiance. Le GERES tient à jour un registre, d’autant plus fiable qu’il met en œuvre directement les projets fiancés. Il serait donc inconvenant de « revendre » deux fois la même économie dans le cadre de la compensation volontaire.
  • La permanence des émissions relève principalement de la nature des projets mis en œuvre. A ce titre, si les projets de reforestation semblent séduisant par leur caractère démonstratif et symbolique, on peut se poser la question de la qualité des économies de gaz à effet de serre séquestrés par la croissance de la biomasse. Une maladie, un incendie ou encore des aléas climatiques peuvent altérer voire détruire une parcelle reboisée et réduire à néant une compensation par le relargage massif de tout le carbone alors séquestré. Les structures qui s’engagent dans la compensation par la reforestation assument alors un risque non négligeable. Le GERES a privilégié des projets basés sur des émissions évitées, pour lesquels la permanence des économies de gaz à effet de serre réalisées ne peut être remise en question.
  • La mesure des réductions générées par un projet est un élément essentiel qui peut toutefois être remis en cause par des critères d’additionnalité. Il faut entendre par là qu’un projet dit « additionnel » ne pourrait avoir lieu sans la valorisation des réductions d’émissions sur les marchés du Carbone. Cela implique qu’un acteur qui financerait un projet non additionnel ne participerait évidemment pas à la lutte contre le changement climatique. Ce critère n’est pas toujours simple à démontrer et le GERES y attache une importance toute particulière.

Conclusion

S’engager dans une démarche de compensation ne peut en aucun cas se limiter à un faire valoir « pollueur-payeur », destiné à voyager ou à consommer « en bonne conscience ». L’objectif premier est de limiter son empreinte climatique et cet engagement doit venir compléter les efforts consentis pour limiter ses propres émissions.

Ce positionnement est au cœur de l’initiative CO2Solidaire par laquelle le GERES s’efforce de sensibiliser le plus grand nombre, en conseillant les particuliers ou en accompagnant les entreprises et collectivités.
Le GERES milite par ailleurs pour une harmonisation des pratiques : projets de qualité, vérifications objectives et indépendantes, création de registres interconnectés… Il reste encore des progrès à accomplir mais nous sommes sur la bonne voie pour concilier la lutte contre le changement climatique et les différents aspects du développement durable : économie, social, environnement.

En 2008, le protocole de Kyoto entre dans la période contraignante de son application, et même si les discutions internationales pour l’ « après Kyoto » n’atteignent pas encore les niveaux d’exigences souhaités, nous entrons dans une période cruciale où il est plus que temps d’agir ! Les médias appréhendent le sujet avec plus de recul, le public et les consommateurs se sentent de plus en plus impliqués, et les acteurs économiques et politiques devront se positionner rapidement. Nul besoin pour cela d’attendre une réglementation contraignante et retirera alors tout le bénéfice de valoriser une démarche volontaire et responsable.