[Mars 2008] FR: ESPACES Tourisme & Loisirs, revue mensuelle de réflexion du tourisme et des loisirsGERES news - Articles written by GERES x
Thomas Mansouri, chargé de communication au GERESAgir pour le climat et compenser ses émissions de gaz à effet de serrePour lutter contre le changement climatique, il est aujourd’hui établi qu’il nous faut réduire nos propres émissions de gaz à effet de serre. Ce principe s’applique à tous les acteurs d’un territoire : collectivités, entreprises, associations, coopératives et particuliers. Limiter ainsi son empreinte climatique peut prendre différentes formes : économies d’énergie, valorisation des déchets, rationalisation des moyens de transport, usage d’énergie d’origine renouvelable… Si elles peuvent aisément être mises en œuvre, de telles actions de réductions ont toutefois leurs limites : lorsque les progrès technologiques et organisationnels ne sont pas suffisants, il peut devenir couteux ou simplement impossible de réduire ses émissions autant qu’on le souhaiterait. De là l’intérêt de recourir, en complément, à la compensation de son impact climatique en finançant une réduction équivalente à ses émissions chez un autre acteur.
Pour limiter au mieux son impact sur le changement climatique et réduire ses émissions de gaz à effet de serre, il faut en premier lieu en connaître le niveau et les origines. Lancé en 2004, CO2Solidaire est le premier programme de compensation volontaire proposé dans le monde francophone. A l’initiative de l’association GERES (Groupe Energies Renouvelables, Environnement et Solidarités), CO2Solidaire propose un mécanisme permettant de compenser son empreinte climatique en soutenant directement des projets de développement, économes en gaz à effet de serre et mis en œuvre dans les pays du Sud. Essentiellement basés sur l’efficacité énergétique et l’utilisation des énergies renouvelables, l’objectif visé par ces projets est d’améliorer les conditions de vie des populations bénéficiaires et de préserver les ressources locales. Il existe aujourd’hui de nombreux acteurs impliqués dans le « marché » de la compensation, dont des intermédiaires souvent spécialisés dans le négoce des crédits Carbone, assurant généralement la relation entre des clients désireux de compenser leurs émissions et des porteurs de projets en recherche de financements. Dans ce contexte, CO2solidaire présente la particularité de s’affranchir de ces intermédiaires. Les projets sélectionnés pour intégrer le programme CO2Solidaire sont en effet directement mis en œuvre par le GERES et ses partenaires de terrain. Cette singularité apporte nombre d’intérêts pour qui souhaite s’investir dans une démarche sincère et durable, à commencer par la qualité des projets soutenus. Changement climatique et développement durable Les mécanismes de compensation actuels, réglementés (MDP dans le cadre du protocole de Kyoto) ou volontaires, amènent trop souvent à financer des projets dans les pays les moins avancés (PMA) en apportant des solutions techniquement efficaces [face à nos besoins en crédits carbone] à court terme et à moindre coût, mais oubliant généralement de prendre en considération les enjeux socio-économiques locaux. Les efforts de réductions sont à mener prioritairement au Nord et dans les pays intermédiaires, c’est moins vrai dans les PMA… Sauf si les réductions d’émissions ainsi financées soutiennent également le développement local : amélioration des conditions de vie, lutte contre la précarité, création d’activités génératrices de revenus, réponse aux crises environnementales, création ou amélioration des services de base (eau, énergie, santé, scolarisation)… C’est la principale valeur ajoutée que peut apporter le GERES qui, fort de ses 30 ans d’expériences dans la mise en œuvre de projets de développement durable, propose des solutions concrètes, conciliant les aspects environnementaux et socio-économiques, en mettant au centre des préoccupations l’humain et le territoire. Il ne s’agit pas de négliger les conséquences positives de ces projets dans la lutte contre le changement climatique, conséquence induite des thématiques abordées liées aux usages de l’énergie, mais plutôt d’aborder la question sous l’angle d’une véritable « solidarité climatique » qui devrait systématiquement s’appliquer lorsqu’il s’agit d’intervenir dans les pays du sud. Concrètement, un particulier ou une entreprise, qui participe au programme CO2Solidaire, compense ses émissions de CO2 et son empreinte climatique par une contribution financière réinvestie sous forme de don dans des projets de développement durable, économes en gaz à effet de serre. En échange il reçoit des garanties en termes de transparence :
De son côté, le GERES s’engage à mettre en œuvre des procédures strictes :
Le GERES fait par ailleurs auditer annuellement sa comptabilité analytique par un commissaire aux comptes, garant de l’affectation des ressources et des dépenses de l’association sur l’ensemble de ses activités. La démarche CO2solidaire Outre la possibilité offerte aux particuliers de compenser directement son impact climatique, par exemple au cours un voyage, sur le site internet de l’opération, le GERES propose d’accompagner les acteurs économiques, pourvu qu’ils remplissent certaines conditions. Les enjeux pour le tourisme La reconnaissance de l’existence d’une relation réciproque entre le tourisme le changement climatique n’est plus à démontrer et a été confirmée par la Déclaration de Djerba sur le tourisme et le changement climatique (OMT, 2003). Le secteur touristique est doublement concerné : d’une part il y participe en proposant des services qui favorisent les déplacements, et donc des émissions de gaz à effet de serre, d’autre part il en subit directement les conséquences puisque les perturbations du climat global ont pour première conséquence des modifications profondes et parfois durables des territoires. Les conséquences prévisibles sont multiples et l’économie touristique devra nécessairement s’y adapter : modification de certains tracés côtiers y compris insulaires, variation des limites climatiques établies, augmentation de l’ampleur de la fréquence et du risque d’événements climatiques extrêmes… Sans compter les conséquences humaines : migrations, épidémies, conflits armés (ressources en eau, territoires…), etc. Les modèles actuels ne sont pas forcément plus précis, mais suffisamment alarmant pour qu’on y prête attention. Certains diront qu’il est préférable de ne plus prendre l’avion et de bannir le tourisme international de nos activités de loisir. Il apparaît cependant plus réaliste et constructif de valoriser les bonnes pratiques et les initiatives innovantes en matière de tourisme responsable, et de sensibiliser l’ensemble des acteurs de la filière. Les prestataires de produits et services « responsables » destinés au secteur du tourisme sont de plus en plus nombreux, et, en complément d’efforts concrets pour réduire ou limiter leurs émissions de gaz à effet de serre, CO2Solidaire peut apporter une solution aux acteurs désireux de s’engager dans une démarche de responsabilité globale. Tous les acteurs sont concernés et les solutions sont multiples : du produit-partage jusqu’aux offres entièrement « compensées », il est possible de compenser tous les types d’émissions, qu’elles soient liées au transport des passagers, aux consommations directes d’énergie (électricité, gaz…), aux déplacements des salariés ou encore à la fabrication des supports de communications. Des collectivités aux clients, en passant par les entreprises et associations intervenant sur ce secteur, chacun a sa part d’implication et peut agir en conséquence. Les limites de la compensation Si la compensation apparaît comme une solution idéale, elle peut cependant montrer certaines limites. Il convient donc avant tout de se demander si les réductions financées par la compensation volontaire auront bien lieu, de façon unique, permanente et additionnelle.
Conclusion S’engager dans une démarche de compensation ne peut en aucun cas se limiter à un faire valoir « pollueur-payeur », destiné à voyager ou à consommer « en bonne conscience ». L’objectif premier est de limiter son empreinte climatique et cet engagement doit venir compléter les efforts consentis pour limiter ses propres émissions. Ce positionnement est au cœur de l’initiative CO2Solidaire par laquelle le GERES s’efforce de sensibiliser le plus grand nombre, en conseillant les particuliers ou en accompagnant les entreprises et collectivités. En 2008, le protocole de Kyoto entre dans la période contraignante de son application, et même si les discutions internationales pour l’ « après Kyoto » n’atteignent pas encore les niveaux d’exigences souhaités, nous entrons dans une période cruciale où il est plus que temps d’agir ! Les médias appréhendent le sujet avec plus de recul, le public et les consommateurs se sentent de plus en plus impliqués, et les acteurs économiques et politiques devront se positionner rapidement. Nul besoin pour cela d’attendre une réglementation contraignante et retirera alors tout le bénéfice de valoriser une démarche volontaire et responsable. |


