Association GERES

Les citoyens : moteurs de la lutte contre les changements climatiques

Consultation World Wide Views à KaboulMaintenir le réchauffement climatique sous un seuil permettant aux sociétés de maîtriser leur destin est une volonté partagée sur l'ensemble de la planète. C’est l’une des conclusions de la consultation citoyenne planétaire, lancée à l’initiative de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), la Commission nationale du débat public, la Danish Board of Technology et Missions publiques.

Sur une seule journée, elle a mobilisé plus de 10 000 citoyens dans 77 pays des 5 continents. Les personnes consultées devaient bien sûr constituer un groupe représentatif de la population du pays ou de la région où avait lieu le débat. Cette initiative sans précédent envoie deux signaux forts : il y a une progression de la prise de conscience vis-à-vis de la lutte contre les changements climatiques et la plus remarquable vient des pays africains où les citoyens sont 85% à se sentir très concernés par le défi climatique. Par ailleurs, les résultats témoignent d’une homogénéisation de la perception de ce changement, de son ampleur et de la nécessité de le combattre. C’est un message commun que tous les Etats doivent entendre : un accord est attendu des 195 pays pour s’engager dans l’action. La COP21 (Conférence des Parties) nous situe dans cette vision globale qui n'est plus seulement l'affaire d'initiés et d'experts mais inclut tous les citoyens qui expriment des attentes en termes de politiques publiques adaptées, de gouvernance internationale à la hauteur des enjeux, de marges de manœuvre propres à leurs capacités d’action.

L’évolution des consciences fait rimer solutions pour le climat et confiance dans l’avenir

Si ces opinions « éclairées » demeurent critiques vis-à-vis des négociations (pour 72% des personnes interrogées, "les négociations antérieures des Nations unies sur le climat depuis 1992 n'ont pas fait assez pour lutter contre le changement climatique"), l’évolution des consciences fait rimer solutions pour le climat et confiance dans l’avenir.

Il est aujourd’hui essentiel de se donner les moyens de parvenir à un accord qui limitera le réchauffement global à +2°C. Il convient de souligner que des débats ont pu être organisés en Afghanistan, en Chine, en Inde, en Iran, au Koweit, au Mali, dans les territoires palestiniens, au Bengladesh, aux îles Fidji, au Burundi ou encore au Népal, malgré les évènements dramatiques survenus en 2015. Les participants ont eu accès à l’information, ont discuté, débattu avant de s’exprimer sur différents thèmes :
- Les outils pour lutter contre les changements climatiques
- Les négociations des Nations unies et les engagements nationaux
- L’équité et le partage des efforts
- Les promesses faites en faveur du climat et l’importance de les tenir

Ces sessions thématiques étaient articulées autour d’une série de questions pour certaines identiques et parfois propres à chaque pays impliqué. Les principaux résultats à l’échelle mondiale sont disponibles en sur ce lien.

Retenons que :  
- pour 59% des participants, les solutions les plus efficaces pour répondre à l’enjeu climatique sont celles appliquées au niveau mondial.
- à 92%, les participants jugent nécessaires que les pays actualisent tous les 5 ans leurs engagements en faveur du climat.

Comment les citoyens peuvent-ils transformer les paroles de leurs dirigeants en actes concrets de lutte contre les changements climatiques ?

Nous l’avons dit, les résultats de la consultation citoyenne mondiale montrent que la prise de conscience des changements climatiques est un phénomène global qui lie les citoyens du monde entier, tous niveaux de richesse confondus. Mais la question qui en découle est bien de savoir comment les citoyens peuvent transformer l’essai et peser de manière concrète dans les négociations internationales.

À ce titre, l’article 6 de la CCNUCC prévoit « La participation publique à l’examen des changements climatiques et de leurs effets et à la mise au point de mesures appropriées pour y faire face ». Conformément à ce principe, les citoyens sont donc des acteurs clés des négociations sur le climat.

En outre, les résultats du WWViews montrent que si la majorité des citoyens estiment nécessaire que la lutte contre les changements climatiques soit le fruit d’une action collective, une grande partie d’entre eux souligne aussi le rôle de l’échelon national et de leurs propres représentants. Or, au niveau national, les citoyens peuvent se mobiliser pour interpeller et influencer leurs gouvernements respectifs et les mettre face à leurs propres responsabilités. L’action des citoyens passe, dans les États démocratiques, par le vote et la participation au débat public. Par ce biais, chacun d’entre nous a le pouvoir de s’informer et d’influencer les actions de nos représentants locaux et nationaux.

Les citoyens l’ont dit, ils sont prêts à s’engager en faveur de la lutte contre les changements climatiques. Il leur appartient maintenant de pousser leurs États à s’engager dans une économie bas-carbone et respectueuse de l’environnement et à se donner les moyens politiques de respecter les engagements pris dans le nouvel Accord de Paris.

Les citoyens sont donc des acteurs incontournables de l’action internationale de lutte contre les changements climatiques

La conférence climat de Paris en 2015 offre une opportunité unique d’impliquer les citoyens dans les changements à adopter en termes de modes de vie et de production pour un développement durable. L'implication des citoyens répond à deux enjeux : appuyer la progression des négociations internationales, pour qu'un texte amaigri ne perde pas son sens politique, et soutenir la mise en mouvement nécessaire des acteurs pour le passage à l’action. C'est bien l'objectif autour duquel nombre d'ONG se mobilisent : relier les enjeux globaux aux préoccupations de chacun et aux expériences sur les territoires de vie.

L'exercice n'est pas si évident. Après l'interpellation, il faut aussi montrer les possibilités d’évolution concrètes et non punitives des modes de vie. Il s’agit d’impliquer chaque citoyen, où qu'il vive et quelques soient ses conditions de vie, dans la diversité des trajectoires.

Il n’y aura pas de soutien des citoyens à leurs responsables politiques pour impulser des changements ambitieux sans que chacun ne puisse visualiser pour lui et ses proches ce que deviendrait sa vie dans un monde qui se réchaufferait de plus de deux degrés. Le WWViews s'est ainsi efforcé de répondre à une première insuffisance fondamentale qu’est la démocratisation du sujet. Il est nécessaire de parvenir à susciter plus largement l’intérêt des médias et des citoyens en proposant aux populations des nouvelles voies de développement durable, dans lesquelles chacun puisse s’inscrire et trouver des sources de satisfaction.

C'est le pari de Our Life 21, un programme développé par 4D avec des réseaux d’acteurs engagés à l’international : «montrer comment il sera possible de réussir sa vie dans le cadre d’une négociation climat réussi ». Et c’est bien là tout le sens du futur accord de Paris. Il s’agit de trouver aujourd’hui un chemin de développement raisonnable qui permettra à chaque citoyen du monde de ne pas « vivre moins bien » dans le contexte climatique de demain.

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Vaia Tuuhia (4D) - Déléguée Générale
Camille André (GERES) - Chargé de mission Commission Climat et développement