Association GERES

COP22 : action, réaction !

cop22 point de vue

Retour à la réalité

L’Accord de Paris est entré dans l’histoire par la grande porte. Jamais un traité international n’avait été signé puis ratifié aussi rapidement. L’humeur était donc au beau fixe au premier jour de cette COP22 marocaine, malgré une année 2016 assurée de battre tous les records de températures.

Finalement, ces deux semaines de négociations ont sonné un dur rappel à la réalité.

La feuille de route pour établir le cadre réglementaire de l’Accord de Paris d’ici 2018 s’est enlisée dans des détails procéduriers et a échoué à produire des résultats tangibles dès cette année. Les discussions sur l’agriculture, sujet central de la COP22, ont été repoussées à 2017 malgré l’urgence des enjeux de sécurité alimentaire. Le fonds d’adaptation, certes reconnu par les Parties, a été recapitalisé à hauteur de seulement 80 millions de dollars, soit 0,1% des besoins estimés. Quant à la feuille de route des financements de long terme proposée par les pays développés, elle ne vise que 20% de financements dédiés à l’adaptation d’ici 2020, très loin de l’équilibre avec l’atténuation promis à Paris.

Quelques avancées notables alimentent cependant un relatif espoir. Le principe de déplacés climatiques va enfin être étudié dans le cadre du Mécanisme des pertes et dommages de Varsovie. Un programme de travail dédié à l’intégration du genre dans les questions climatiques a été confirmé. Enfin, l’adoption de termes de référence sur la question du renforcement de capacités laisse présager une mise en œuvre rapide des actions prévues.

Will Trump make climate worse again?

L’onde de choc de l’élection de Donald Trump en tant que 45e Président des Etats-Unis d’Amérique a violemment secoué les négociations de la COP22. Climato-sceptique assumé, Trump n’était pas favorable il y a un an à la signature de l’Accord de Paris par les Etats-Unis. La communauté internationale craint donc qu’il dénonce maintenant cet accord.

Relativisons. Les Etats-Unis ont ratifié l’Accord de Paris. Or celui-ci ne les autorise pas à en sortir avant trois ans. Ils peuvent en revanche faire le choix de sortir du traité qui les lie à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Cela reviendrait à offrir le leadership de la lutte contre le réchauffement climatique à son principal rival économique : la Chine. Un éventuel coup de frein au niveau fédéral ne changerait pas non plus la dynamique de certains Etats particulièrement engagés dans la préservation du climat, tels que la Californie. D’ailleurs, les Etats-Unis comptent aujourd’hui quatre emplois dans le secteur des énergies renouvelables pour un emploi dans celui du charbon. En fait, la menace la plus crédible qui pèse actuellement sur le défi climatique est la suppression par le futur président américain de tous les crédits destinés à la recherche et au financement de la lutte contre les changements climatiques dans les pays vulnérables.

Le contre-la-montre climatique se poursuit

La COP22 a permis de faire perdurer la mobilisation engagée à Lima il y a 2 ans, mais elle nous a aussi rappelé à la réalité : il faut désormais mettre en œuvre l’Accord de Paris et cela passe encore et toujours par le fastidieux processus de négociation. Le contre-la-montre se poursuit. Et même si les acteurs non-étatiques sont en ordre de marche, les États ne doivent pas se dédouaner de leurs responsabilités : ils doivent être le moteur de la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Nous nous chargerons d'alimenter ce moteur.

Camille André | Chargé de projets climat et développement
Renaud Bettin | Responsable Solidarité climatique