Association GERES

Rapport du GIEC : les 4 scénarios pour s’en sortir (ou pas)

Ville d'Oulan-Bator en Mongolie

La ville d'Oulan-Bator en Mongolie où le GERES collabore avec les autorités locales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

 

Un début de dynamique insuffisant

Après de longues et difficiles négociations en amont et pendant la COP21, 195 Etats se sont engagés à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C ». L’Accord de Paris est entré en vigueur moins d’un an après ce sommet historique grâce à la rapide ratification de 55 Etats représentant 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Aujourd’hui, le texte a été ratifié par 181 Parties et ses modalités d’application devraient être établies à l’issue de la COP24, où les Etats s’accorderont sur les règles de mise en œuvre concrète de l’Accord.

Au lendemain de la COP21, tous les acteurs semblaient s’accorder sur l’urgence à agir. Les sommets sur le climat se sont multipliés, tout comme les engagements des principaux pollueurs du globe. Jusqu’en 2017, les émissions globales de GES ont même stagné pendant 3 ans, laissant espérer que le pic était enfin atteint et qu’une baisse pouvait être envisagée. Malgré un début de dynamique vertueuse, le rapport spécial du GIEC vient nous rappeler aujourd’hui que nous sommes en réalité loin d’être à la hauteur.

Modifier radicalement tous les aspects de la société

A la demande des Etats, les experts du GIEC ont en effet été mandatés pour étudier les conséquences d’un réchauffement global de 1,5°C mais aussi les moyens de ne pas dépasser ce seuil. Leur conclusion est sans appel : pour tenir cet engagement « il faudrait modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société ». Autrement dit, tout n’est pas encore perdu mais l’urgence est considérable. Et la prochaine décennie sera absolument cruciale. Or, s’il ne faut pas sombrer dans le défaitisme et explorer les pistes concrètes d’actions offertes par le rapport, n’oublions pas que les populations les plus vulnérables sont déjà victimes des premiers impacts du dérèglement climatique global.

Chaque dizième de degré compte

Plus précisément, l’objectif de 1,5°C devrait être dépassé entre 2030 et 2052. Et le monde se dirige toujours vers un réchauffement global moyen de 3°C à la fin du siècle. Or, d’après les experts du GIEC, nous pouvons encore limiter ce réchauffement, soit en restant strictement sous le seuil des 1,5°C, soit en le dépassant avant de revenir en arrière grâce aux techniques de captation et de stockage du carbone. Naturellement, la première option est préférable à tous les niveaux mais nécessite des efforts sans précédent. Chaque dixième de degré en plus aura des conséquences néfastes et potentiellement irréversibles. C’est d’ailleurs ce qui fait la spécificité de ce rapport : il pointe les différences entre un réchauffement de 1,5°C et de 2°C. Malheureusement, elles ne sont pas négligeables.

Un demi-degré en plus, c’est une montée des océans de 10 cm supplémentaires, une érosion plus grave de la biodiversité, des millions de personnes qui sombrent dans la pauvreté, de fortes menaces sur les modes de vie et la sécurité alimentaire ou encore un regain de tensions entre les populations.

Alors comment maintenir le cap des 1,5°C ? Dans un premier temps, il est indispensable d’atteindre la neutralité carbone dès 2040, en diminuant les émissions de CO2 de 45% d’ici 2030 par rapport à 2010, sans oublier tous les autres GES. Le rapport conseille aussi avec insistance de rester dans les limites d’un « budget carbone » entre 420 et 570 GtCO2. D’ici 2050, l’industrie devra donc diminuer ses émissions de CO2 d’au moins 75% et une nouvelle approche de l’usage des sols doit rapidement prendre forme. Enfin, l’accent devra être mis sur l’importance de la coopération internationale, de la justice sociale et du transfert de financements vers un développement réellement durable.

4 scénarios climatiques sont possibles

Des efforts inédits dès maintenant et maintenus jusqu’en 2030 seront donc absolument nécessaires. Dans ce but, le GIEC développe quatre scénarios plus ou moins exigeants sur les questions de sobriété énergétique, de développement des énergies renouvelables et de recours aux techniques de captation et de stockage du carbone.

Le scénario 1 insiste sur la baisse de la demande énergétique, un large développement des énergies renouvelables et une très importante réduction des émissions de CO2 sans avoir recours aux techniques de captation et de stockage du carbone. Le scénario 4 imagine le maintien des trajectoires actuelles avec un recours massif aux technologies d’émissions négatives. Entre les deux, un scénario est consacré à un équilibre entre sobriété énergétique et recours aux techniques de captation et de stockage, alors que le dernier se concentre sur les réductions d’émissions nécessaires si la demande énergétique ne diminue pas.

Bien entendu, le niveau d’exigence le plus haut doit servir de référence. Nous ne pouvons pas nous permettre de dépasser le point de non-retour dans le réchauffement planétaire. C’est d’ailleurs toute la différence entre les seuils de 1,5°C et de 2°C. Dans le premiers cas les impacts restent importants mais prévisibles alors que, dans le second, l’emballement climatique serait tel qu’il est impossible d’anticiper toute leur ampleur. S’approcher des 2°C de réchauffement global reviendrait à dépasser un cran au-delà duquel aucun retour à la normal ne pourrait être envisagé.

Un rapport à relayer pour engager tous les citoyens

Ce rapport est important en ce qu’il décrit les conséquences à court et long-terme de chaque décision et de chaque action, et parce qu’il donne des pistes d’actions concrètes. Mais il risque de se confronter à une réalité bien moins conciliante.

Plusieurs questions demeurent sur la place du nucléaire dans les transitions préconisées, les impacts sur les milieux et les sociétés des projets « d’émissions négatives », de captation et de stockage de carbone ou encore sur le crédit que les décideurs politiques et acteurs économiques donneront à ces conclusions.

En attendant, chaque citoyen doit porter cette responsabilité et s’engager dans le défi climatique au quotidien. C'est le sens de la plateforme de mobilisation Solidarité climatique que nous animons. Nous savons ce qu’il se passe et nous avons les moyens d’agir à notre niveau. C’est en grande partie par la voix citoyenne que les décideurs politiques et les acteurs économiques seront amenés à enfin prendre les décisions courageuses qui s’imposent. A quelques semaines de la COP24, il est impératif de renouer avec un fort niveau d’engagement des Etats. Espérons que le travail du GIEC relayé par la société dans son ensemble le permettra.

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Camille André et Justin Peraud travaillent au GERES sur les enjeux de climat et de developpement.

Ils sont signataires de cette tribune.