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Retour de Doha : se mobiliser pour un régime climatique équitable

Au retour de la Conférence sur les Changements Climatiques (COP 18), notre expert climat Vanessa Laubin qui représentait le GERES sur place dresse un premier bilan. Si la déception est particulièrement grande, il ne faut pas pour autant que la société civile baisse les bras. Plus que jamais, il nous faut tous prendre conscience de l’urgence climatique et nous mobiliser.

 

« La Conférence mondiale de l’ONU sur les Changements Climatiques s’est achevée samedi dernier sur une note particulièrement décevante face à l’urgence climatique reconnue par plusieurs rapports publiés avant la COP et ce, malgré les appels à l’aide répétés des pays les plus vulnérables. Si un accord a effectivement été annoncé par le vice-premier ministre qatari, donnant notamment naissance à une deuxième période du protocole de Kyoto entre 2013 et 2020, il n’y a assez peu de raisons de se réjouir.

Au terme de deux semaines de négociations laborieuses et particulièrement lentes, ce texte dont le niveau d’ambition est pourtant faible, n’est accepté dans sa globalité ni par la Russie, ni par les Etats-Unis. La 2ème période d’engagement de Kyoto n’inclut qu’un groupe réduit de pays industrialisés (dont l’Union Européenne et l’Australie), représentant à peine 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Par ailleurs, les surplus de quotas d’émissions de la 1ère période, mettant clairement en danger les mécanismes de flexibilité du protocole, n’ont pas été annulé, malgré d’âpres discussions, notamment entre la Pologne et le reste de l’Union Européenne.

Côté financements, le compte n’y est toujours pas, 3 ans après la décision de Copenhague, visant à mobiliser 100 milliards de dollars par an de financements climat d’ici 2020. Ce manque de visibilité est particulièrement problématique pour les pays vulnérables et affaiblit profondément la confiance vis-à-vis des négociations internationales. Seule la décision de mener en 2013 un programme de travail sur les pertes et dommages pour parvenir à l’établissement d’un dispositif institutionnel d’ici la prochaine COP donne une lueur d’espoir sur la capacité des pays à prendre leurs responsabilités.

Enfin, la réflexion sur l’inclusion de l’agriculture dans les négociations sur le climat a été avortée dès la 1ère semaine de la Conférence et reportée au début d’année prochaine, faute de consensus sur les questions à aborder. Le GERES, en lien avec la Commission Climat-Développement de Coordination SUD, continuera dans les mois à venir de défendre les agricultures familiales pour leur rôle crucial dans la sécurité alimentaire et la nécessité de les soutenir face au défi du changement climatique.

Ainsi, la planète est désormais sur une trajectoire de réchauffement global à plus de 2°C. Il faut donc s’atteler dès maintenant à rassembler toutes les parties pour trouver un accord ambitieux et politiquement fort en 2015, année charnière puisque c’est à cette date qu’un accord devra définitivement être validé pour entrer en vigueur en 2020. La France s’est proposée pour accueillir le sommet en 2015 ; elle aura donc fort à faire, aux côtés de la société civile française qui doit redoubler d’efforts.

Un nouveau régime climatique équitable doit être dessiné en prenant en compte la nouvelle configuration du monde, où la distinction entre pays industrialisés et pays en développement n’est plus viable, et en soutenant les populations les plus vulnérables. Il est difficile aujourd’hui d’évaluer à quel rythme la machine climatique risque de s’emballer mais une chose est certaine : ce sont les populations pauvres qui en seront les premières victimes. Désormais, il n’y a  plus de doute possible sur l’urgence climatique. »

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