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De l’implication des femmes à leur empowerment

Entretien avec Marina Dubois, conseillère technique Mobilisation communautaire et Inclusion au Geres. 

Marina a plus de 13 ans d’expérience dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation de programmes au sein d’ONG. Au fil des années et de ses expériences dans l’éducation, l’entreprenariat, la protection, la santé, et depuis 2014 l’énergie avec le Geres, elle s’est intéressée aux relations de genre. Elle a ensuite suivi une formation dédiée au centre international d’études et de formation en genre à Bruxelles afin de  renforcer le Geres et ses partenaires dans la prise en compte de la dimension genre.


L’approche genre consiste à mobiliser les hommes et les femmes afin de permettre aux femmes de réaliser leur potentiel pour le bénéfice de toutes et tous. L’approche développée initialement (Femmes et Développement) centrait son accompagnement sur les femmes en renforçant essentiellement leurs capacités afin de réduire les discriminations à leur égard. Aujourd’hui, et de plus en plus, on s’intéresse également aux rapports de pouvoir en rendant visibles les intérêts des femmes mais également ceux des hommes : on parle d’approche « Genre et Développement ». En effet, le changement sera possible si les deux sexes sont conscientisés et mobilisés. 


A quels défis faut-il faire face pour prendre en compte la dimension genre dans nos actions ?

L’approche genre nécessite de reconnaître que la différenciation sexuée des attributs, rôles et pouvoirs entraîne des discriminations dans l’accès à l’éducation, à la santé et aux ressources. Il s’agit aussi de convaincre que l’égalité des droits et des responsabilités et la participation économique et politique des femmes ont des effets positifs pour le couple, la famille, la communauté, le pays. Différentes étapes sont requises : le diagnostic sexospécifique, l’analyse des causes structurelles des inégalités, l’identification des besoins spécifiques des femmes et des hommes, l’élaboration d’une stratégie d’empowerment et enfin une anticipation des impacts sur les hommes et les femmes et sur les relations de genre.

L’approche est complexe de par sa technicité : il n’y a pas une seule réponse à un problème identifié. Il faut développer et s’équiper de « lunettes genre », c’est-à-dire s’appuyer sur des informations contextualisées, afin d’initier une réflexion collective sur les origines des inégalités observées et identifier les leviers pour y remédier. Trouver des allié·es parmi les personnes influentes des communautés et valoriser la contribution des femmes et leurs réussites sont des clés du succès.

Comment répondons-nous à ces défis au Geres sur nos terrains où le genre est une dimension complexe ?

Les femmes vulnérables et leurs familles ont toujours été les bénéficiaires prioritaires des interventions du Geres. Au fil des années, leur potentiel économique a été davantage valorisé au travers d’actions spécifiques de renforcement de capacités et d’accès à des équipements productifs dans les secteurs où elles étaient présentes : la fabrication de foyers de cuisson améliorés l’agro-écologie, le maraîchage et la transformation agricole.

Oyuntuya Batmunkh a reçu une récompense de la part de l’Association Nationale des Femmes en Mongolie

A la recherche d’interlocutrices privilégiées pour favoriser l’écoute et la participation des femmes, nos équipes d’Asie centrale ont su intégrer des femmes diplômées, par exemple en Mongolie ou en Afghanistan, où cela induit des signaux très forts.

En 2014, nous nous sommes alliés à Energia, réseau international genre et énergie durable dans une première démarche d’institutionnalisation de la dimension genre au sein de l’équipe du Myanmar et de son programme phare sur l’énergie de cuisson ; l’occasion, entre autres, de mettre les projecteurs sur les femmes productrices (article en anglais).

Aujourd’hui, nous considérons l’approche genre comme une capacité technique et organisationnelle stratégique qu’il faut renforcer et renouveler constamment dans toutes nos actions et dans le cadre de nos partenariats opérationnels.

L’autonomisation économique et le leadership sont deux leviers clés pour favoriser la transition énergétique et sociétale sur nos territoires d’action. Le Geres s’engage ainsi à analyser et encourager le rôle des femmes dans le développement économique d’une filière ou d’un territoire et rechercher la participation des femmes aux processus de décision. Dans le cadre de l’accompagnement proposé aux acteurs publics pour la réalisation d’un plan climat et énergie, les équipes sont attentives à favoriser la participation des femmes aux activités de sensibilisation et de formation et veillent à leur prise de parole lors des instances de décision.

Visite à domicile d’une conseillère technique dans un ménage en situation de précarité énergétique en France

En Méditerranée, à partir de cette année, nos équipes spécialisées dans la lutte contre la précarité énergétique s’efforceront de mieux comprendre les enjeux différenciés des femmes et des hommes vis-à-vis de l’énergie, afin de vérifier la pertinence des réponses actuelles et de mettre en œuvre des actions spécifiques. Autre exemple, le pilotage du modèle d’accès à l’énergie développé par IIED et CAFOD, l’Energy Delivery Model, dans plusieurs pays d’intervention du Geres, permet aussi aux équipes de s’interroger sur les relations de genre existantes dans leurs territoires, réfléchir sur la manière dont elles affectent nos interventions et comment mieux les considérer pour impulser des dynamiques positives permettant d’accroître nos impacts pour les hommes et les femmes.

Impliquer les femmes et les hommes dans un processus de développement impose de concevoir des stratégies spécifiques en matière de mobilisation, de formation et d’ingénierie financière prenant en compte leurs contraintes spécifiques. C’est le défi que nous nous fixons !

Si vous êtes intéressé·e par la dimension genre de nos projets et que vous souhaitez contribuer à leur développement, n’hésitez pas à contacter l’équipe mécénat.

Cet entretien a été mené par Léa Watine, Chargée de Partenariats au Geres.

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