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5 juillet 2021

Rapport HCC : « Les inégalités face aux capacités d’adaptation risquent de fortement renforcer les inégalités sociales »

Le nouveau rapport du Haut Conseil pour le Climat vient de sortir en France. Entre pragmatisme et optimisme, Marie-Noëlle Reboulet, présidente du Geres, nous livre son sentiment.

Interview.

A la lecture des éléments que le rapport du Haut Conseil pour le Climat présente, quels sont votre sentiment et votre analyse ?

MN.R : Les évènements extrêmes ne sont pas une nouveauté dans l’histoire de l’humanité, il y en a toujours eu. Mais leur multiplication récente, tant sur le plan de la fréquence que sur le plan géographique, traduit une conséquence directe des bouleversements climatiques en cours.

Le rapport du HCC, qui concerne la France, nous rappelle que nous ne pouvons pas nous satisfaire d’émissions directes nationales moindres que dans d’autres pays et qu’il est urgent d’avoir une véritable stratégie d’adaptation à ces changements car ils sont en train de se faire sur seulement quelques dizaines d’années.

Alors mon sentiment ? « Paniquer est contre-productif, il nous faut agir chacun à nos places de citoyen, consommateur, producteur, association, gouvernant, pour remettre notre paquebot Humanité dans le bon sens. »

Lire aussi notre décryptage sur le rapport du Haut Conseil pour le Climat

Estimez-vous que l’action française et européenne soit aujourd’hui de nature à éviter les scénarios climatiques les plus alarmistes ?

MN.R : Aujourd’hui les politiques nationale et européenne sont en grande partie des engagements à 2030, 2050, mais les dispositions concrètes inscrites dans les budgets et les textes officiels sont insuffisantes pour réduire significativement notre « budget carbone » et éviter de contribuer à un réchauffement global de +1.5° et ses conséquences.

« Quand Jean Jouzel nous dit « Il faut faire cinq fois mieux sur 2020-2030 que ce qui est prévu actuellement dans l’Accord de Paris », on peut effectivement s’inquiéter sur notre capacité à éviter les pires scenarios. »

C’est aussi à nous citoyens de faire que l’Etat et l’Europe agissent. En France les élections présidentielle et législatives de 2022 seront déterminantes pour se donner un cadre politique favorable à une action climatique ambitieuse d’ici 2030 et qui s’inscrive évidemment dans un cadre international.

Lire aussi : Climat : “nous manquons d’un véritable projet de société”

En quoi la cause de la Solidarité climatique que défend le Geres est-elle une réponse pertinente pour répondre à ces défis ?

MN.R : La solidarité, c’est être conscient que le destin de chacun et chacune est étroitement lié au destin de l’Autre, que ce soit à l’échelle locale ou à l’échelle mondiale puisque la Terre est notre « maison commune ». Inutile de rejeter sur l’Autre (l’Etat, la multinationale, tel ou tel pays, mon voisin) l’urgence d’agir.

« La Solidarité climatique, c’est permettre à toutes et tous d’habiter dignement notre maison commune »

La Solidarité climatique, c’est à la fois réduire les émissions de gaz à effet de serre de chacun d’entre nous et agir contre la pauvreté. C’est permettre à tous et toutes d’habiter dignement notre maison commune (alimentation, habitat, éducation, santé).

Lire aussi : focus sur les principes de l’évaluation énergétique dans l’habitat

C’est la condition pour que nous répondions collectivement aux défis climatiques, en se partageant équitablement des ressources limitées, y compris une concentration en gaz à effet de serre à ne pas dépasser.

 

« C’est la seule voie possible pour vivre dans un monde en paix, car la guerre, c’est comme les incendies, pas sûr que ce soit toujours « ailleurs ». »

Rapport haut conseil pour le climat avis du Geres

La transition énergétique est le principal levier d’action du Geres pour lutter contre les changements climatiques. Pourquoi le Geres a-t-il choisi de concentrer ses efforts sur ce levier ?

MN.R : Voilà exactement 45 ans que le Geres a été créée pour favoriser l’utilisation de l’énergie solaire. 45 années consacrées à faire des constructions bioclimatiques, à promouvoir l’efficacité énergétique, les cuiseurs améliorés ou les séchoirs solaires, à développer l’électrification solaire et plus largement d’origine renouvelable.

« Depuis une vingtaine d’années il est devenu évident que nous ne pouvions pas travailler sur l’énergie sans prendre en compte le climat… et inversement. »

En 2019, le Geres a réaffirmé collectivement ce choix d’agir en faveur d’une énergie propre et durable pour toutes et tous, tout en mobilisant la société pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

L’atténuation et l’adaptation sont aujourd’hui deux piliers d’action absolument indispensables. Comment le Geres articule-t-il ces deux volets complémentaires dans son action ?

MN.R : Au Geres, l’atténuation se traduit par l’amélioration de l’efficacité énergétique des équipements de cuisson ou de chauffage domestiques ou industriels, que ce soit avec le bois, le charbon ou le gaz, ou bien le traitement des déchets organiques avec la méthanisation ou le broyage et le compostage des déchets verts.

« Avec l’adaptation, il s’agit de se préparer activement à un nouvel environnement. »

Pour cela, le Geres travaille avec les acteurs locaux pour les aider à identifier les risques et les potentialités de leur territoire ou de leurs activités et les mesures à prendre, notamment dans le domaine de l’énergie.

Mais bien souvent on retrouve ces deux volets dans une même action : au centre du Bénin, le diagnostic réalisé avec le Groupement Intercommunal des Collines a abouti à une action qui favorise l’économie de bois et de charbon de bois émetteurs de CO2 et la protection du couvert forestier et des sols agricoles, ressources essentielles pour ce département agricole qui ressent déjà les impacts des changements climatiques.

Lire aussi : Le Groupement Intercommunal des Collines engagé dans la transition énergétique et la résilience de son territoire

Interview Présidente Geres Rapport Haut conseil climat 2021

Pourquoi a-t-on besoin d’aller vers un cadre plus juste et solidaire pour la mise en place des moyens d’adaptation ?

MN.R : Un cadre plus juste et solidaire est indispensable pour l’adaptation aux changements climatiques car celle-ci est coûteuse et structurelle. Construire des collèges dont la toiture résiste aux tornades en Afrique de l’Ouest ou des logements où il ne fasse pas 40°C l’été en France peut représenter un coût supplémentaire à l’investissement.

Or pour les ménages modestes et les régions pauvres, la priorité va à la satisfaction des besoins de court terme. Quand les ressources sont limitées, il est bien difficile de « mettre de côté » pour investir à moyen et long terme. Les mesures d’adaptation doivent être aussi justes et équitables pour être acceptées par tous.

Lire aussi : sortir de la précarité énergétique en région Provence-Alpes-Côte d’Azur

Les inégalités face aux capacités d’adaptation risquent également de fortement renforcer les inégalités sociales. Pour contrer cela, le Geres s’inspire de la « théorie du donut »[1] : agir pour que chacun ne dépasse pas un plafond écologique d’objectifs environnementaux et ne tombe pas en dessous d’un plancher social d’objectifs sociaux.

Quelle est aujourd’hui la responsabilité des pays développés vis-à-vis des pays les moins avancés ?

MN.R : Les pays les plus pauvres sont ceux qui supportent le plus difficilement les effets des changements climatiques, qui ont le moins de moyens pour s’adapter, alors qu’ils ne sont responsables ni de l’essentiel du stock de gaz à effet de serre présent dans l’atmosphère (constitué avant les indépendances des pays africains et asiatiques), ni de la majorité des émissions actuelles.

« Il est indispensable que les pays développés soutiennent l’adaptation de ces pays aux effets des changements climatiques provoqués par leurs émissions. »

Mais n’oublions pas la nécessité pour ces pays pauvres de construire des écoles, éclairer les villes et villages, fournir de l’électricité et des moyens de déplacement aux habitants et entreprises, etc. Pour cela il est indispensable que les pays développés soutiennent leur accès à une énergie propre et durable, en particulier à une électricité d’origine renouvelable.

« Réduire nos consommations, nos émissions directes et importées de gaz à effet de serre en France, en Europe, pour le bien-être de tous et pour la paix mondiale, cela doit être notre objectif. »

Ce n’est pas une vision « bisounours », c’est une vision réaliste du monde et de l’avenir !

Propos recueillis par Mathieu Grapeloup, responsable communication au Geres

 

[1] Kate Raworth, La théorie du donut – L’économie de demain en 7 principes, 2018, Ed.Plon

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